Allocs, carte bancaire, HLM, sécu…. 12 intoxs sur les migrants décryptés

La fachosphère est friande de fausses informations sur les immigrés. En voici quelques-unes passées au crible.

Le gouvernement a annoncé lundi 31 juillet l’ouverture de deux centres d’accueil pour migrants d’un genre nouveau à Calais, où un dispositif spécifique permettra d’accélérer les demandes d’asile, ce qui fait réagir la fachosphère ce mardi 1er août. En octobre 2016 déjà, l’évacuation de la « jungle » de Calais et la crise des migrants en Europe avaient fait ressurgir leur lot de désinformations sur les immigrés. « L’Obs » s’était penché sur les principaux clichés et intox qui circulent sur les réseaux sociaux. Décryptage.

« La France est envahie par les migrants »

Des articles de "Valeurs Actuelles" et du "Figaro" reprenant le vocabulaire d'"invasion" pour évoquer les migrants
« Valeurs Actuelles » et « le Figaro » reprennent le terme « invasion » pour évoquer les migrants.

Faux. Difficile, voire impossible, de dénombrer les migrants en situation irrégulière. Aux immigrés qui n’ont jamais entrepris de démarches, il faut ajouter ceux n’ayant pas obtenu le droit d’asile et qui ne sont pas expulsés (seul 10% des déboutés sont effectivement renvoyés, estime la Cimade). Pour rappel, un migrant devient demandeur d’asile après avoir formulé une demande et, si celle-ci obtient une réponse favorable, alors il devient réfugié

Côté statistiques officielles, la France a accordé en 2015 le statut de réfugié à 19.506 personnes. Toutefois, ce record s’explique par un nombre record de demandes (64.942), ce qui situe le droit d’asile au niveau moyen des années précédentes (autour de 30%).

Rapportée aux 66 millions d’habitants de la France, l’arrivée des migrants ne peut donc pas être comparée à une « invasion ». « Le Monde » a ainsi calculé que la France compte seize fois moins de demandeurs d’asile que la Hongrie ou la Suède. Dans l’hexagone, moins de 9% de la population est immigrée.

« Les migrants viennent pour toucher des allocations »

Un site et un tweet évoquent les "alloc" distribuées aux migrants
Un site et un tweet évoquent les allocations distribuées aux migrants.

Faux. Les migrants ne touchent aucune allocation, aussi bien familiale que pour le logement. Pour y avoir droit, il faut posséder un permis de séjour en cours de validité.

Seules les personnes ayant le statut de réfugié, c’est-à-dire ayant obtenu une réponse favorable de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) sur leur demande d’asile, peuvent bénéficier des droits sociaux (prestations familiales, CMU, APL, etc.).

Toutefois, pour prétendre au RSA, il faut être réfugié statutaire, c’est-à-dire avoir obtenu un permis de séjour de dix ans, ou avoir déjà passé cinq ans en France en tant que réfugié subsidiaire (doté d’un permis de séjour d’un an renouvelable).

« Les migrants touchent 40 euros par jour »

Deux messages sur Twitter évoquant les 40 euros par jour
Deux messages sur Twitter qui évoquent ces 40 euros par jour fictifs.

Faux. Ce chiffre de 40 euros quotidiens, largement repris, ne correspond à aucune réalité. Les migrants ayant formulé une demande d’asile auprès de l’Ofpra peuvent effectivement bénéficier d’une aide financière (l’allocation pour demandeur d’asile), qui s’élève à 6,80 euros par jour. Celle-ci peut se voir complétée par 4,20 euros quotidiens s’ils n’accèdent à aucune place d’hébergement.

Selon le barème officiel, il faudrait une famille de 10 personnes pour toucher 37,40 euros par jour, se rapprochant des farfelus « 40 euros » (le montant par personne diminue à mesure que la famille augmente).

Ce montant de « 40 euros » provient (peut-être) d’une information concernant le centre d’accueil humanitaire pour les migrants qui doit ouvrir à Paris, où était précisé que la ville et l’Etat tablent sur un budget annuel de 8,6 millions d’euros, soit 40 euros par jour et par personne. Mais il s’agit bien d’un budget de fonctionnement (rémunération des travailleurs sociaux, chauffage, électricité, etc.) et en aucun cas d’une aide pécuniaire versée directement aux migrants.

« L’Etat leur donne une carte bleue pour retirer 40 euros par jour »

Message du député FN Bernard Monot sur Facebook
Message de l’eurodéputé FN Bernard Monot sur Facebook.

Faux. Le Front national a fait circuler l’idée selon laquelle une « carte bleue avec un compte bancaire » est distribuée aux migrants. Ce qui est totalement faux. Cette rumeur provient sans doute du fait que des cartes sont distribuées aux réfugiés en Turquie, mais il ne s’agit que de cartes de débit, c’est-à-dire qu’elles ne fonctionnent pas avec un compte bancaire. L’AFP précise qu’en Turquie, ces cartes permettent des retraits jusqu’à 100 livres turques par mois (soit 30 euros).

En France, un récent décret prévoit également la distribution d’une carte de retrait. Délivrée par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), celle-ci sera réservée aux demandeurs d’asile et permettra de retirer uniquement le montant de l’allocation pour demandeur d’asile de 6,80 euros par jour. A nouveau, la somme de 40 euros quotidiens demeure bien fictive.

« Les migrants sont mieux logés que les SDF »

Deux tweets opposant les migrants aux SDF
Deux tweets qui opposent les migrants aux SDF.

Faux. Les migrants ont accès aux places d’hébergement d’urgence (qui offrent un lit, un repas, la possibilité de se laver, de rencontrer un médecin et un travailleur social), les mêmes que pour les ressortissants français sans domicile fixe.

Ces derniers bénéficient toutefois en plus d’un parc d’hébergement spécifique (hébergement d’insertion, places d’allocation logement temporaire, places de stabilisation).

Par ailleurs, les SDF peuvent bénéficier d’aides sociales (comme la protection universelle maladie et le Revenu de solidarité active) en se faisant domicilier à l’adresse d’une association ou d’un Centre communal d’action sociale (CCAS).

« Les migrants sont prioritaires pour les logements HLM »

Message de Florian Philippot, vice-président du FN, sur Twitter
Message de Florian Philippot, vice-président du FN, sur Twitter.

Faux. Les migrants ne peuvent pas prétendre aux logements en HLM, et encore moins de manière prioritaire. Pour déposer une demande de logement HLM, il est nécessaire de détenir un titre de séjour. Ensuite, aucune priorité particulière ne s’applique.

Ce supposé favoritisme est agité par la droite et l’extrême droite depuis que le Haut comité pour le logement des personnes défavorisées a évoqué la possibilité d’attribution de logements sociaux à des réfugiés. Si 20.000 places de logement ont été sollicitées par l’Etat, il s’agit systématiquement d’habitations inoccupées, répertoriées en « vacance de longue durée », généralement situées dans « des secteurs où la demande est faible » et qui ne trouvent pas preneur.

« Les migrants viennent en France pour profiter de la Sécu »

Deux messages sur Twitter évoquant la CMU pour les migrants
Deux messages sur Twitter évoquant la CMU pour les migrants.

Faux. Les immigrés en situation irrégulière ont accès à l’aide médicale d’Etat (AME), qui permet de bénéficier de soins médicaux gratuitement pendant un an renouvelable. Pour y avoir droit, le migrant doit justifier d’une résidence fixe en France depuis au moins trois mois (et prouver qu’il n’a pas gagné plus de 9.631 euros l’année précédente). L’AME est toutefois attribuée sans condition aux enfants mineurs.

Si le budget 2016 de l’AME s’établit à 744 millions d’euros, elle ne rembourse pas tout (certains députés ont laissé entendre qu’elle servait à bénéficier de la procréation médicalement assistée, de la chirurgie esthétique ou des cures thermales). Les « médicaments à service médical rendu faible remboursés à 15% » (comme les sirops contre la toux par exemple) sont exclus des remboursements de l’AME.

Par ailleurs, lors d’une demande d’asile, les migrants ont accès au système classique de la Sécurité sociale et à la protection universelle maladie (ex-CMU).

« Les migrants ont droit aux transports gratuits »

Les politiques FN et LR s'insurgent contre les transports gratuits pour les migrants
Les politiques FN et LR s’insurgent contre les transports gratuits pour les migrants.

Faux. L’Etat ne prévoit aucune aide pour les transports en commun en faveur des migrants. En revanche, certains départements ou communes proposent la gratuité des transports ou de la cantine aux migrants.

La SNCF a été largement accusée de délivrer des billets gratuits aux migrants. Tout partait d’une note interne dans laquelle la direction expliquait exonérer les migrants du prix de réservation des billets (entre 3 et 10 euros par voyage) afin d’éviter « tout risque de conflit entre voyageurs si jamais [les migrants] occupaient des places réservées par d’autres ». Sauf qu’à l’inverse de ce qu’ont affirmé des politiques FN et LR, il ne s’agit pas de billets de train gratuits mais uniquement du processus de réservation.

« Ces personnes sont contrôlées comme les autres, doivent être munies d’un billet comme les autres, peuvent faire l’objet d’un PV comme les autres », a insisté la SNCF auprès de l’AFP.

Par ailleurs, en Ile-de-France, la réduction de 75% sur le tarif du pass Navigo, dont bénéficiaient les étrangers en situation irrégulière titulaires de l’aide médicale d’Etat, a été supprimée par la nouvelle présidence de la région Valérie Pécresse en 2016.

« Les migrants prennent le travail des Français »

Affiche emblématique du Front national dans les années 1970
Affiche emblématique du Front national dans les années 1970.

Faux. En France, seuls les ressortissants européens, suisses, monégasques, andorrans et saint-martinois sont dispensés d’autorisation de droit de travail. Les Algériens disposent aussi de cette exception s’ils bénéficient d’un certificat de résidence en vertu d’un accord spécifique.

Tous les autres migrants doivent avoir obtenu un titre de séjour ou disposer d’une autorisation de travail. Cette dernière peut s’obtenir uniquement à partir d’un an après avoir déposé une demande d’asile.

L’autorisation provisoire de travail, qui doit être renouvelée au minimum tous les six mois, n’est toutefois délivrée que sur certains critères : le demandeur d’asile doit disposer d’une promesse d’embauche, dans une branche de métiers où le niveau de chômage est faible dans la région. En effet, chaque région répertorie des métiers où un manque avéré de travailleurs a été identifié.

Dans tous les cas, les migrants acceptent bien souvent des emplois peu qualifiés, pénibles et bien souvent mal payés, comme l’a souligné une étude de France Terre d’Asile. Surtout que certains métiers sont par principe fermés aux immigrés (hors UE), comme la fonction publique en tant que titulaire ou les professions « réglementées », c’est-à-dire qui nécessitent des diplômes, certificats ou titres ad hoc.

« Les migrants sont pauvres et peu éduqués »

Messages publiés sur Twitter à propos des migrants
Messages publiés sur Twitter à propos des migrants.

Faux. Selon une étude menée par le Secours catholique, 48% des migrants à Calais appartenaient à des classes sociales supérieures dans leur pays d’origine et 20% à des classes moyennes. « A Calais, plus de 30% des gens ont des diplômes supérieurs », insiste le commissaire européen Carlos Moeadas.

« Il y a une règle : ce ne sont jamais les plus pauvres qui migrent », résume Pierre Henry, directeur de l’association France Terre d’Asile à « l’Obs ». « Pour la plupart, ce sont des gens qui ont eu accès à l’éducation et la culture dans leurs pays d’origine. C’est même souvent l’éducation qui les pousse à tenter leur chance pour un meilleur avenir. »

Et pour cause : le voyage vers l’Europe coûte très cher, parfois plus de 5.000 dollars simplement pour la traversée de la Méditerranée. Un montant qui ne comprend pas les frais engendrés par le périple jusqu’aux côtes libyennes – distantes de plus de 3.000 kilomètres pour les migrants érythréens par exemple.

Par ailleurs, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le nombre de déplacés dans le monde en raison de conflits armés a dépassé le seuil des 50 millions. Selon le Haut commissariat aux réfugiés, le conflit syrien a entraîné à lui seul le déplacement d’au moins 4 millions de réfugiés depuis 2011, dont de nombreux cadres supérieurs, médecins ou commerçants.

« Les migrants préfèrent fuir leur patrie plutôt que de la défendre »

Interview de Marine Le Pen sur France Inter à propos des migrants
Marine Le Pen, présidente du Front national, sur France Inter à propos des migrants.

Faux. Les migrants fuient avant tout pour survivre. La majorité des personnes qui entrent illégalement en Europe sont originaires de pays en guerre ou de pays totalitaires, en particulier le Soudan, la Syrie, l’Erythrée et l’Afghanistan. Ils fuient des pays dévastés, des villes où les écoles et les hôpitaux ont été rasés, où l’on manque de tout.

Ils essaient bien souvent de sauver leur famille. En février 2016, l’Unicef expliquait que pour la première fois depuis le début de la crise des réfugiés en Europe, il y avait plus de femmes et d’enfants que d’hommes sur les routes.

Il convient d’ailleurs de rappeler que fuir son pays présente un risque non négligeable : 3.771 migrants sont morts en mer Méditerranée l’an dernier, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

« Les migrants sont en très grand majorité des hommes »

Message de Nadine Morano, eurodéputée LR, sur Twitter
Message de Nadine Morano, eurodéputée LR, sur Twitter.

Faux. N’en déplaise à l’eurodéputée Nadine Morano, ce sont de plus en plus des familles qui migrent vers l’Union européenne. Les derniers chiffres du Haut commissariat aux réfugiés affirment que les hommes ne représentent plus que 53% des 286.000 personnes arrivés sur les côtes grecques, italiennes ou espagnoles depuis le début de l’année. Une très légère majorité donc.

L’Unicef a de son côté affirmé en février que les enfants et les femmes représentent maintenant près de 60% des réfugiés et migrants traversant la frontière de la Grèce vers Gevgelija, dans l’ex-république yougoslave de Macédoine.

B. M. 

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Boris Manenti

Boris Manenti

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