Emplois aidés et avenir: pourquoi Macron veut les supprimer

Le gouvernement Macron veut tailler dans les emplois aidés et d‘avenir pour en faire l’économie dans la dépense publique.

En fait il s’en prend à l’emploi des jeunes :

– Plus de 325 000 jeunes bénéficiaient d’un emploi d’avenir fin 2016.
– Sur 100 embauches en contrat aidé du secteur non marchand, 64 n’auraient pas eu lieu sans aide publique à l’emploi, 8 auraient bénéficié à une personne présentant un profil différent de celui du salarié finalement recruté
– En 2015, les 60 000 contrats aidés supplémentaires ont permis une création nette d’environ 21 000 emplois, explique la Dares.
– Les emplois d’avenir ont bénéficié à 79 % à des jeunes peu ou pas diplômés
– 53 % des emplois d’avenir sont des contrats longs

Économie des coûts ? 2,4 milliards pour le dispositif d’aides aux emplois d’avenir – Les exonérations de cotisations sociales coûtent bien plus cher : 36 milliards d’euros en 2016. De même que le crédit impôt compétitivité emploi (CICE) : 22,7 milliards d’euros en 2017.

Le bilan positif des emplois d’avenir

Plus de 325 000 jeunes bénéficiaient d’un emploi d’avenir fin 2016. 53 % de ces emplois sont des contrats longs (CDI ou CDD de trois ans) et plus de la moitié des CDD sont renouvelés. Près de 80 % des bénéficiaires ne sont pas titulaires du baccalauréat, 40 % sont issus des zones prioritaires, ce qui correspond aux objectifs initiaux que le législateur s’était fixés.

Trois quarts des jeunes auront bénéficié d’une formation au cours de leur première année de contrat et une formation sur deux serait certifiante. Le taux d’insertion dans l’emploi (58 %) est meilleur que pour les CAE pour les emplois d’avenir du secteur non marchand qui ont duré trois ans. Pour les contrats plus courts, le taux d’insertion est comparable. Sauf que l’insertion après un emploi d’avenir se fait davantage vers un emploi non aidé

Quels sont les principaux types de contrats aidés ?

Certains contrats aidés sont dédiés au secteur non marchand, c’est-à-dire qu’ils peuvent être utilisés par l’Etat, les collectivités locales ou les associations. C’est le cas des contrats uniques d’insertion – contrats d’accompagnement dans l’emploi (CUI- CAE), dont la durée peut varier de 6 mois à 2 ans, voire 5 ans pour les plus de 50 ans. Les contrats uniques d’insertion – contrats d’initiative emploi (CUI- CIE), en revanche, sont destinés au secteur marchand. L’aide y est conditionnée à une embauche en CDI ou en CDD pour six mois minimum.

Les emplois d’avenir ont pour objectifs de proposer des solutions aux jeunes de 16 à 25 ans sans emploi peu ou pas qualifiés, de leur ouvrir l’accès à une qualification et à une insertion professionnelle durable. Ce sont prioritairement des emplois à temps complet conclus à durée indéterminée ou déterminée, pour 1 à 3 ans. Les emplois d’avenir peuvent être déclinés dans le secteur marchand et le secteur non marchand.

Le secteur de l’insertion par l’activité économique dispose par ailleurs de contrats spécifiques, mobilisables dans 4 types de structures : les associations intermédiaires, les ateliers et chantiers d’insertion, les entreprises d’insertion et les entreprises de travail temporaire d’insertion.
Un outil de lutte à court terme contre le chômage

En 2015, les 60 000 contrats aidés supplémentaires ont ainsi permis une création nette d’environ 21 000 emplois, estime la Dares (organe statistique du Premier ministre). Ils jouent un rôle contra-cyclique, comme disent les économistes, c’est-à-dire qu’en période de ralentissement économique, ils ont un effet positif sur l’activité. Et cela parce qu’ils permettent d’améliorer rapidement les conditions de vie de leurs bénéficiaires, en leur distribuant du pouvoir d’achat.

Un effet sur la file d’attente des chômeurs

Enterrer les contrats aidés du secteur marchand, comme veut le faire le gouvernement, c’est allonger les files de chômeurs. Car ces dispositifs ont d’autres objectifs que la création nette d’emploi.

– Ils visent avant tout à insérer professionnellement les personnes éloignées du marché du travail. L’aide financière octroyée (de 20 à 36 % du Smic pour les CUI-CIE) permet de flécher l’emploi vers les personnes les moins bien loties sur le marché du travail (les jeunes, les seniors, les peu qualifiés, etc.).

– Ce qui permet de modifier la file d’attente du chômage. « Ces personnes, plus éloignées du marché du travail, moins productives à un moment donné, coûteraient trop cher à l’employeur et risqueraient alors d’entrer dans un processus d’exclusion durable du marché du travail », note la Dares.

En subventionnant leur emploi, les contrats aidés permettent de « rééquilibrer » quelque peu le marché du travail en leur faveur. Cet « effet profil » est d’ailleurs plus important dans le secteur marchand.

Moins d’effets d’aubaine dans le secteur non marchand
Les emplois d’avenir ont bénéficié à 79 % à des jeunes peu ou pas diplômés

Si à court terme les contrats aidés permettent de créer des emplois et de modifier la file d’attente du chômage, quels sont leurs effets à moyen terme ? Que deviennent les bénéficiaires de ces dispositifs ? Accèdent-ils à un emploi durable, ou retournent-ils grossir les rangs de Pôle emploi ? La réponse diffère selon le type de contrat.

Le taux d’insertion dans l’emploi à moyen terme est nettement plus élevé pour les contrats aidés du secteur marchand que pour les contrats aidés du secteur non marchand. En 2014, six mois après la fin du contrat aidé, 67 % des personnes qui ont bénéficié d’un CUI-CIE étaient en emploi, contre 41 % pour les personnes sorties d’un CUI-CAE.

53 % des emplois d’avenir sont des contrats longs

Pour que les formations proposées soient qualifiantes, il faut que la durée du contrat ne soit pas trop courte. Or depuis 2013, des efforts sont faits en ce sens : la durée moyenne des conventions de CUI-CAE est ainsi passée de 6 à 7 mois en 2012 à 10,7 mois en 2016.

Là encore, les emplois d’avenir sont exemplaires, puisqu’ils ne peuvent pas être signés pour moins de 12 mois et que 53 % des emplois d’avenir sont des contrats longs (CDI ou CDD de trois ans). Enfin, un soin particulier est apporté à la qualité de l’accompagnement dans les emplois d’avenir.

Les exonérations de cotisations sociales ou le CICE coûtent bien plus cher

Sont-ils « extrêmement coûteux pour la nation » comme le juge la ministre ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? Selon le document de la DGEFP, la facture globale des contrats aidés prévue pour 2017 s’élève à 2,4 milliards d’euros. Ce qui est loin d’être négligeable. Mais ce n’est pas le poste le plus onéreux de la politique de l’emploi.

Les exonérations de cotisations sociales coûtent bien plus cher : 36 milliards d’euros en 2016. De même que le crédit impôt compétitivité emploi (CICE) : 22,7 milliards d’euros en 2017.

Si les effets des exonérations de cotisations sociales sur l’emploi font débat, ce n’est pas le cas de l’impact du CICE, qui est très faible. « De l’ordre de 50 000 à 100 000 emplois [auraient été] créés ou sauvegardés sur la période 2013-2014 » grâce au CICE, estime le comité de suivi de ce dispositif. Etant donné que le CICE a coûté 11,3 milliards d’euros en 2013 et 17,2 milliards en 2014, cela donne une fourchette de 286 000 à 570 000 euros par emploi créé.

A titre de comparaison, le coût d’un emploi d’avenir estimé par la Cour des comptes s’élève à 11 000 euros par an et par jeune, celui d’un CUI-CAE à 9 500 euros et d’un CUI-CIE à 7 000 euros ! Autant dire que ce ne sont pas les mêmes ordres de grandeur…
.

L’image contient peut-être : une personne ou plus
Imprimer cet article Télécharger cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *