Mai 68 : Sous les pavés, la grève !

Le mouvement de grèves du printemps 68 a été le plus massif de l’histoire de notre pays. De huit à dix millions de salariés se sont mis en grève. du jamais vu !

Le mouvement de 68 a été tout à la fois dur avec occupations d’usines, où les ouvriers dans de nombreuses occasions ont retenu les directions, et un moment de libération et de convergences de luttes : salarié-es, étudiant-es, travailleurs immigrés se sont mobilisés pour un autre partage des richesses d’un pays en pleine croissance économique et pour le droit au respect comme l’autoritarisme à l’usine comme dans la cité. Les femmes ont su revendiquer leurs droits dans l’entreprise notamment en matière salariale, refusant le mépris que les hiérarchies leur faisaient subir, mais aussi contre un certain ordre patriarcal.

Le printemps social de 1968 s’inscrit dans un contexte à la fois économique, social, syndical, politique, culturel qui a transformé la société et le monde du travail.

LE MAUVAIS PARTAGE DES « TRENTE GLORIEUSES »

Ces années (1945-1973) se caractérisent non seulement par le « baby-boom » mais aussi par la reconstruction économique de pays en ruines après la guerre avec une forte croissance industrielle et le plein-emploi. En France, l’économie évolue et la nature du travail avec elle.

S’imposent dans les ateliers et dans les usines l’automatisation des tâches, l’intensification du travail chronométré au nom de la rationalisation qui robotise les êtres humains et fait dépendre leur salaire de leur productivité, tandis que les travailleurs immigrés sont cantonnés aux tâches les plus dangereuses ou insalubres.

c’est dans ce contexte que le 10 janvier 1966, la CGT et la CFDT signent un accord d’unité d’action.

L’ÉTINCELLE ET LA MÈCHE

Le mouvement étudiant en fut le détonateur mais il s’inscrit dans un climat de luttes dans les entreprises.

Le 1er Mai, la manifestation est autorisée pour la première fois depuis 10 ans. A l’initiative de la CGT, elle est massive.

Le mouvement étudiant a commencé le 22 mars dans la jeune université de Nanterre, au lendemain d’une manifestation contre la guerre au Vietnam. Entre le 6 et le 10 mai toutes les facultés sont en grève. Le 12 mai la répression contre les étudiants est féroce. La CGT et la CFDT appellent à la riposte pour le 13 avec grèves et manifestations dans toute la France.

Le 15 Mai, il y a déjà 500 000 grévistes et des dizaines d’usines sont occupées.

DEUX MOIS DE RÉPRESSION

Durant deux mois, à l’échelle nationale, la répression fera des milliers de blessés et causera la mort de 7 personnes, toutes survenues après le 24 mai, c’est-à-dire après les négociations et le constat de Grenelle et alors que se poursuivent les grèves et les occupations d’usines. C’est au lendemain de la manifestation étudiante du 10 mai, où l’on relève 367 blessés et 460 arrestations, que CGT, CFDT et FEN appellent les salariés à une grève générale de 24 h.

Manifester, se rassembler, faire grève, distribuer des tracts dans les entreprises ou à leurs portes c’est, dans ces années-là, prendre un vrai risque. Les manifestations sont interdites depuis la guerre d’Algérie et, depuis des années, elles se soldent par des blessés et des morts.

Même de nos jours, la violence policière existe et les gouvernements couvrent ou légitiment ces violences. Au nom de l’État d’urgence, qu’il soit temporaire mais interminable façon Valls ou Cazeneuve ou permanent selon Collomb, l’État légitime des restrictions au droit de manifester, ordonne des stratégies de »nassage » policier et de rupture des cortèges.

GRENELLE, UN CONSTAT « SOUMIS » AUX SALARIES

Le 25 et 26 Mai s’engagent les négociations à Grenelle. Tous les clignotants sont au rouge pour le pouvoir et le patronat. La peur panique d’être confronté à un mouvement qui va tout balayer domine dans la bourgeoisie. La Bourse ne fonctionne plus, les travailleurs ne travaillent plus, les jeunes sont en ébullition et le gouvernement ne gouverne plus.

Le constat de Grenelle est le suivant :

  •  Augmentation du SMIG de 35 %
  • Autres salaires revalorisés de 10 %
  • Reconnaissance du droit syndical dans les entreprises

UNE HISTOIRE SANS FIN

Mai-juin 68 a résulté du télescopage de deux processus : le soulèvement de la jeunesse scolarisée et le plus formidable mouvement de grève de l’Histoire contemporaine.

Face aux occupations et à la généralisation des grèves qui rendirent possible la grève générale, le CNPF ( devenu MEDEF en 1998) avait dû céder sur les salaires et le fait syndical.

Ces deux mois joyeux et audacieux du monde du travail, montrent qu’il n’y a pas de fatalité. Aujourd’hui le salariat est plus nombreux. Il est aussi très précarisé, dans une société marquée par le chômage de masse. La présence syndicale dans les entreprises reste néanmoins un enjeu décisif pour tous les syndicalistes pour les années à venir.

D’autres mouvements et d’autres luttes restent à venir contrairement à ce qu’espèrent ceux qui nous rabâchent que le monde est voué aux seules lois impitoyables du capitalisme.

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