Argentine : les femmes contre le patriarcat, l’austérité et la « maternité forcée »

Trois ans après la première manifestation #NiUnaMenos (Pas Une de Moins) en Argentine, le lundi 4 juin, une multitude de femmes sont à nouveau descendues dans la rue. De la Place de Mai au Parlement, elles ont manifesté sous le slogan principal « nous nous voulons vivantes, libres et non endettées », luttant contre le féminicide, la violence machiste et les politiques d’austérité qui les rendent doublement vulnérables.

Le mouvement #NiUnaMenos est né en Argentine le 3 juin 2015, en réaction à toute la chaîne de violence contre les femmes, dont les féminicides constituent le dernier maillon. En peu de temps, le cri Ni Una Menos s’est répandu dans toute l’Amérique latine. Alors que les réponses des États ont été faibles ou inexistantes, ce mouvement se développe de façon exorbitante et ses revendications gagnent les rues, les écoles, les lieux de travail, les universités et les débats quotidiens.

Ce qui, il y a trois ans, était une manifestation marquée par le deuil et la douleur, s’est transformé en un mouvement aujourd’hui plein de fierté et de rébellion féministe. Ainsi, hier, sur la Plaza de los Dos Congresos, à Buenos Aires, les femmes ont exprimé qu’ « elles ne vont pas permettre à ce système social capitaliste blanc, misogyne, hétéronormatif, raciste et sexiste de nous enlever notre droit d’habiter le monde en étant ce que nous voulons être ».

Ainsi, le mouvement des femmes et des minorités de genre répond aux politiques sexistes à travers l’organisation féministe internationale et l’autogestion, faisant écho aux luttes des femmes chiliennes, espagnoles, polonaises, irlandaises et brésiliennes.

Ce mouvement ne s’arrête pas à la lutte contre la violence physique, psychologique et sexuelle envers les femmes, mais dénonce en même temps l’oppression de la violence économique, politique et institutionnelle, qui est aussi patriarcale.

Grève nationale MAINTENANT !

En octobre 2016, les femmes se sont mis en grève contre le gouvernement de Mauricio Macri, dénonçant la passivité syndicale sous le slogan « la CGT prend le thé, les femmes prennent la rue ». Hier, la nécessité d’une grève nationale pour faire face aux licenciements, l’augmentation des tarifs, en plus des revendications des mouvements féministes, a été une fois de plus soulevée.

A cet égard, le pacte du gouvernement argentin avec le FMI a été rejeté, car il se traduit par des ajustements, des licenciements, la pauvreté et la précarité pour toute la classe ouvrière et surtout pour les femmes et personnes LGBTI.

Sans avortement légal, on ne peut pas dire Ni Una Menos

Cependant, la principale revendication de cette journée de lutte était la décriminalisation et la légalisation de l’avortement. Plusieurs « pañuelazos » ont été réalisés, envahissant de foulards verts, symbole de la lutte pour l’avortement légal, les différentes rues du pays. Le 13 juin, le projet de loi présenté par la Campagne nationale pour un avortement légal, sûr et gratuit sera discuté pour la première fois au Parlement argentin. Ce projet avait été présenté 6 fois auparavant, mais il n’a jamais été traité.

En effet, tant en Argentine comme dans la plupart des pays de l’Amérique Latine, l’avortement est clandestin. Encore une fois, les femmes répondent par l’autogestion à cette absence de l’État, s’organisant en réseaux d’urgence qui informent les femmes sur les méthodes d’avortement et facilitent l’accès au misoprostol. Aujourd’hui, en Argentine, c’est le mouvement des femmes qui a forcé le gouvernement à traiter cette loi pour que l’avortement sans risque ne reste pas un privilège de classe.

Un cri global

Dans ce contexte, et afin de montrer la solidarité avec les luttes de l’Argentine, deux réunions simultanées se sont tenues à Berlin et à Paris le dimanche 3 juin.

A Berlin, la réunion a eu lieu devant le parlement allemand, sur la Platz der Republik, où des dizaines de femmes se sont réunies pour discuter du contexte de l’ajustement néolibéral et de l’état parlementaire du projet de loi IVE. Sur le drapeau, le slogan de la campagne « L’éducation sexuelle pour décider, les contraceptifs pour ne pas avorter, l’avortement légal pour ne pas mourir » pouvait être lu en allemand.

A Paris, plus de 200 personnes ont assisté au rassemblement sur la place du Trocadéro. Diverses organisations féministes et militantes basées en France ont pris la parole pour exprimer leur solidarité et souligner l’importance de la lutte pour la légalisation de l’avortement sur tout le continent latino-américain. Elles ont réclamé justice pour Eyvi Ágreda – victime d’un fémicide brutal au Pérou – et ont revendiqué l’énorme lutte féministe qui secoue le Chili, ainsi que celles des femmes indigènes de la région. Le rassemblement et « pañuelazo » se sont terminés par la musique et la danse artiviste de la batucada lesbo-féministe Guarichas Cósmikas.

Déjà dans les jours précédents, le samedi 26 mai, un « pañuelazo » s’est tenu sur la Plaza de Sants à Barcelone, organisé par le Ca de la Dona et la Campaña, à laquelle ont participé différents groupes féministes de la ville, agitant des foulards verts au cri de « Argentina Solidaridad », pour montrer leur soutien aux actions féministes dans le cadre du débat sur la loi IVE en Argentine.

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