La méthode Macron à l’assaut de la réforme des retraites

Le lancement du chantier de la réforme des retraites est bien à l’image de la méthode Macron.

La consultation numérique sur internet lancée la semaine dernière par le Haut-commissaire, Jean-Paul Delevoye nous donne d’abord un premier signe, il s’agit de faire valider par ces appels à contribution des solutions sur lesquelles les libéraux ont déjà largement préparé le terrain par des offensives idéologiques destinées à faire croire que les régimes spéciaux sont une injustice insupportable, un frein à la mobilité.

Derrière la promesse du candidat Macron « un euro cotisé donnera la même retraite pour tous » se profile une redoutable machine de guerre destinée à nous faire changer de technique en passant à la retraite par points au lieu des annuités ou des trimestres selon qu’on est fonctionnaire ou salarié du régime général, tout en nous assurant que nous resterons dans un système par répartition. Dans les constats qu’il avait remis en avril dernier, le Haut-commissaire à la réforme des retraites pointait notamment une disparité des modes de calcul (public/privé, salarié/indépendant) qui « crée des inégalités », des mécanismes de redistribution qui « manquent de transparence » et des dispositifs de solidarité (maternité, veuvage) qui « ne donnent pas les mêmes droits ».

Si le gouvernement a promis que la future réforme des retraites n’aboutirait pas à un nivellement des droits « par le bas » faut-il pour autant être rassuré ? On peut légitimement se méfier des intentions du chef de l’État dont on ne voit pas pourquoi, il aurait subitement envie de conduire une réforme de progrès social. Pourquoi vouloir à tout prix provoquer cette révolution du système qui va chambouler tous les repères aussi bien pour les travailleurs que pour les retraités, alors que les comptes sont grosso modo à l’équilibre ? On peut être méfiants mais aussi exigeants et combatifs alors que s’ouvre ce grand chantier car on se souvient que l’accord sur la fusion des retraites complémentaires ARRCO et AGIRC de l’automne dernier préfigure aux yeux du Medef – qui a l’oreille du chef de l’État – ce que devra être la réforme des retraites. Cet accord met en place des mécanismes qui faute de pouvoir augmenter les recettes vont provoquer une baisse des pensions afin de maintenir un équilibre purement comptable. Cet accord a gravé dans le marbre la possibilité de faire varier la valeur du point et donc de baisser les pensions pour les retraités ou les actifs, et cela même sans en passer par une négociation. C’est bien dans ce genre de détails que le diable viendra se nicher. La gouvernance et les principes de ce système par points doit permettre au Medef de marquer un avantage décisif en lui permettant de ne pas mettre un centime de plus dans les retraites comme dans toute la protection sociale.

N’imaginons pas que le président des riches, des premiers de cordées, des grands patrons va brutalement retourner sa veste et défendre un système de retraites fondé sur la répartition et la solidarité, avec, comme le propose la CGT, des pensions égales au minimum au Smic, un taux de remplacement de 75 % par rapport au salaire de référence, un départ dès 60 ans et anticipé pour ceux qui ont subi la pénibilité au travail (1 trimestre de moins par année d’exposition). Et chiche ! Simplifions et rendons notre système plus lisible mais à condition de respecter des particularités et de tirer tout le monde vers le haut.

La consultation se veut une sorte de pré-validation des options libérales. Elle a pour objectif de contourner et affaiblir la parole des organisations syndicales. Mais le moment venu, la responsabilité de ces forces sociales sera de mobiliser les salariés, les retraités, les citoyens pour faire prévaloir des solutions de progrès qui pourraient être financées durablement. Par exemple en mettant fin aux exonérations et à l’évasion et l’optimisation fiscales, en taxant les dividendes et en augmentant les cotisations des grosses entreprises du CAC 40 qui ne cessent de servir leurs actionnaires sans contrepartie à ceux qui créent les richesses. Réfléchir à un système de retraite pour demain en le fondant sur une toute autre répartition des richesses. C’est cela l’enjeu.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

 

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