Le FN change de nom, mais les idées nauséabondes restent les mêmes

En menant cette opération destinée à redorer son blason largement terni par le dernier épisode électoral, Marine Le Pen a voulu sonner la fin de la dynastie paternelle et marquer, si possible, quelques points contre une Marion Maréchal rivale montante. Mais derrière le calcul personnel et l’effet d’annonce, la présidente du désormais RN est bel et bien à la recherche d’une nouvelle stratégie pour son parti. Cette dernière s’avère pourtant difficile à trouver et surtout à mettre en œuvre.

Changement et continuité affichés

La présidente du FN a, depuis plusieurs années et avec l’aide de « feu » Florian Philippot, fait son beurre de la stratégie de la dédiabolisation. Pourtant, si cette orientation a permis une progression sensible du FN, elle ne l’a pas conduite au succès. Après la claque des présidentielles, rebaptiser le parti aurait pu constituer un acte ultime dans le processus de dédiabolisation et marquer une rupture symbolique avec le passé xénophobe et antisémite attaché à la personne de Jean-Marie le Pen qu’elle avait dû exclure en 2015 pour ses propos concernant la Shoah.

Mais l’épisode des élections présidentielles a contraint Marine le Pen à admettre qu’elle ne pouvait, à l’heure actuelle, gagner significativement dans les prochaines échéances électorales, européennes et municipales, sans alliances tout azimuts. Elle est donc prise entre deux feux : d’un côté, tenter de récupérer des alliés dans la droite classique en pleine décomposition et de l’autre, conserver, voire étendre, l’électorat traditionnel du FN de Papa.

Première pierre indispensable à cet édifice, obtenir le soutien des militants du FN. Même s’ils n’étaient que 52 % à voter, le nom de « Rassemblement National » proposé par la présidente a été approuvé par 80,81 % d’entre eux. Le choix du nom et la conservation de l’ancien logo ont bien fonctionné.

Le terme de « Rassemblement » fait écho au groupe parlementaire National frontiste entre 1986 et 1988 appelé « Front national-Rassemblement national », qui comprenait trois députés CNIP (Centre national des Indépendants et paysans), et marque une volonté « d’ouverture ».

Le logo, quant à lui, entouré d’un cercle pour le mettre en valeur, reste inchangé. Portant l’emblème de la flamme, il est le calque du logo du parti néofasciste italien Mouvement social italien (MSI), aujourd’hui disparu, dont s’est inspiré politiquement le FN à ses débuts.

A l’origine, les militants étaient très partagés sur l’idée de changer de nom. Mais aux dires d’un cadre du FN lors du congrès de Lille, « ils ont été rassurés parce qu’on garde la flamme et le mot « national ». Quant au député du Nord Sébastien Chenu, il a été très clair : « C’est le changement dans la continuité ».

Reste maintenant à mettre en œuvre la stratégie qui va avec l’affichage.
La statue du Général de Gaulle à la rescousse

« Rassembler » et d’abord, lorgner du côté des alliances vers la droite « classique », Les Républicains en tête.

La présidente du RN n’a pas hésité à proclamer, mercredi 6 juin sur France Culture, que « dans la vision que nous avons de la France, c’est d’une très grande proximité avec la vision du général de Gaulle. Cette France libre, cette France indépendante, cette France souveraine, cette France pilier et même chef de file des pays non alignés ». De quoi évidemment, mettre en rogne son ancien O.A.S. de père qui n’a jamais pardonné à De Gaulle la proclamation de l’indépendance de l’Algérie. De quoi aussi tenter de rallier quelques eurosceptiques.

Pourtant, ça ne semble pas mordre beaucoup de ce côté-là. Même si Marine Le Pen a appelé à voter pour le candidat LR à l’occasion d’une élection législative partielle qui s’est déroulée à Mayotte, dans un contexte de crise migratoire, Laurent Wauquiez oppose une fin de non-recevoir à ses tentatives de rapprochement et d’autres personnalités approchées, comme l’ancien ministre LR Thierry Mariani, font les morts devant la main qu’elle leur tend.

Même plus proche d’elle, Dupont Aignan, son ancien allié à la présidentielle, crédité de 7 % aux européennes, semble vouloir lancer sa propre liste avec deux autres petits partis eurosceptiques, le Parti chrétien-démocrate et le CNIP.
Côté « Rassemblement » avec la droite classique ou moins classique, la stratégie semble difficile à mettre en place.

Le mieux est de courtiser l’extrême droite européenne
Le plus sûr reste quand même de se replier sur « la flamme », symbole de continuité, qui incarne les thèmes fédérateurs du parti comme la sécurité et l’immigration. Les arguments de la présidente du FN prennent un tour de plus en plus « identitaire » : identité des « Nations », origines chrétiennes de la « civilisation » européenne. En interne, Ils sont de nature à séduire les partisans de Marion Maréchal. A l’échelle européenne, ils devraient lui permettre de faire chorus avec l’extrême droite montante en Europe et de tenter de se tailler une place au soleil dans son camp. Au rassemblement du 1er mai entre le FN et ses alliés européens, la présidente du FN a salué les actions anti-migrants du mouvement Génération Identitaire (GI) et les jeunes du FN se sont rebaptisés Génération Nation.

Lors du vote sur le nouveau nom du FN, elle a clairement affiché son ambition européenne en déclarant : « Ce changement de nom ferme un chapitre de l’histoire de notre mouvement national ouvert il y a un peu plus de 45 ans, mais c’est pour mieux en ouvrir un autre qui, je le crois, ne sera pas moins glorieux ». Et de saluer les « peuples européens qui se réveillent ».

Nul doute que le succès récent de l’extrême droite en Italie et les scores considérables du mouvement 5 étoiles et de la Ligue lombarde ne pèsent largement sur une orientation plus « Nationale » que Rassemblement. Marine Le Pen a d’ailleurs été parmi les premières à adresser ses « chaleureuses félicitations » à M. Salvini estimant que sa « progression spectaculaire » était « une nouvelle étape du réveil des peuples ».

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