L’horticulteur et le président

Il était une fois, un jeune homme, horticulteur de formation, mais sans occupation. Profitant des Journées du patrimoine, il alla visiter le Palais de l’Élysée. En ses somptueux jardins, qu’en amoureux de la chlorophylle, il devait apprécier à leur juste valeur, il estima que la rencontre avec le maître des lieux — occupé à faire moult selfies avec de fidèles partisans ou simples badauds — était l’occasion idéale pour interpeller le président sur son triste sort.

« Jai envoyé des CV, des lettres de motivation tout ça, je suis inscrit à Pôle Emploi, jai fait horticole. Il ny a rien, on ne me répond jamais  », dit en substance le jeune chômeur. Ce à quoi, Emmanuel Macron, après s’être gratté le col, (parce que l’interpellation devait gratter un peu aux entournures) répondit du tac au tac : « De lemploi ? Moi, je traverse la rue et je vous en trouve ». À condition toutefois de faire fi des rêves de petites fleurs, de taille des haies et de tonte de gazon. Pour le doux garçon, le président avait d’autres ambitions : « Dans les cafés, hôtels, restaurants, dans la construction, partout où je vais, les gens me disent quils recherchent des gens prêts à travailler… Avec les contraintes du métier ».

Dès lors, les gazettes reprirent l’information. Les défenseurs de la tirade présidentielle y voyaient un parler vrai qu’il faisait bon entendre pour secouer un peu ces Gaulois réfractaires au changement, tandis que ses détracteurs décrièrent une nouvelle et énième marque de ce mépris qui est depuis le début de son ère, la marque de Jupiter.

Hélas, il n’est plus de Jean de la Fontaine pour nous conter la morale de cette histoire. Essayons tout de même de tirer quelques instructions de la nouvelle diatribe présidentielle.

Comme a l’accoutumé, le président avec courtoisie, mais sans bienveillance, révèle son moi profond, cet ethos de droite qui le constitue tout entier. Elle n’est rien d’autre que le « quand on veut, on peut », qui exonère la collectivité de ses responsabilités pour ne laisser que l’individu seul face à ses choix et ses actes. Elle révèle aussi qu’Emmanuel Macron fait peu de cas des qualifications et des compétences. Fini le métier choisi, la compétence qu’on acquiert par le diplôme et/ou l’expérience. Tant pis pour l’envie de bien faire son travail, pour l’épanouissement qu’on peut y trouver à l’accomplir chaque jour du mieux possible. Les temps sont difficiles et le « job » est à l’alimentaire.

Emmanuel Macron ne lit pas la NVO et c’est dommage. Il y aurait appris que tout récemment, le Collectif national CGT des privés d’emploi et précaires a révélé la multiplication des offres bidon publiées par Pôle Emploi. Il pourrait aussi voir la dangerosité de certains secteurs, comme la construction, qui par ailleurs nécessite de l’expérience et compétence. Il pourrait réfléchir à la faiblesse des salaires dans le secteur HCR qui participe grandement au déséquilibre entre l’offre et la demande.

Monsieur le président, les chômeurs et les précaires cherchent du travail, ont des formations, de l’expérience, des compétences. Ils ne veulent pas se brader. Ils ne veulent ni être fliqués ni radiés après avoir refusé « deux offres raisonnables d’emplois ». Ils ne veulent pas non plus être des pions ou de la chair à patrons. Le 1er décembre, ils descendront dans la rue… pas pour la traverser, mais pour manifester.

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