Brésil: un néofasciste au pouvoir

Jair Bolsonaro, candidat de l’extrême droite a été élu ce dimanche à la présidentielle du Brésil avec 55,3% des voix. Avec un discours néo-fascisant et un programme ultralibéral, les perspectives pour le pays et les conséquences dans le monde sont très inquiétantes.
« L’erreur a été de torturer et de ne pas tuer », telle est la vision revendiquée par Jail Bolsonaro de la dictature militaire qu’a connu son pays entre 1964 et 1985. Qu’attendre d’un personnage capable de telles déclarations ? Adepte de tous les dérapages et de toutes les outrances verbales à l’encontre des minorités, de l’opposition, des syndicalistes, c’est donc cet ex-officier subalterne démagogue et haineux qui a été élu dimanche.
Une journée à marquer d’une pierre noire dans l’histoire du Brésil. Bolsonaro devance le candidat du PT (gauche) Fernando Haddad avec 55,3% des voix. Cet été, pourtant, le Comité des droits de l’Homme de  l’ONU plaidait encore pour autoriser l’ancien président Lula, emprisonné arbitrairement pour 12 ans, à se présenter à l’élection présidentielle. Les sondages de cette période donnaient alors à Lula une confortable avance, à près de 20 points, devant Bolsonaro. Les pressions internationales de toutes parts, dont celles du mouvement syndical mondial, n’ont cependant pas suffi à permettre cette candidature. Le remplaçant de Lula, Fernando Haddad, qui ne dispose pas de la même notoriété, n’a pu tenir face à une violente campagne médiatique de désinformation.

Soutien des forces du capital

Soutenu par les forces du capital et se nourrissant de la désespérance du peuple, Bolsonaro fait planer le risque d’une déstabilisation en profondeur du pays le plus important de l’Amérique latine. Un tel séisme a nécessairement un impact mondial. Au lendemain de cette élection, le bureau confédéral de la CGT déplore dans un communiqué : « le Brésil s’abandonne au fascisme » .

Un programme ultra autoritaire et ultralibéral

« Le bond des marchés financiers lors de ce scrutin démontre, s’il en est besoin, que le monde des affaires se satisfait d’un tel président. Il promet de privatiser à grande échelle, de réduire les dépenses publiques, de transformer le système de retraite, d’assouplir le « marché » du travail… rien de bon pour le monde du travail ! » ,  affirme encore la CGT. Une autre attaque, à laquelle il faut malheureusement s’attendre, porte aussi sur les institutions démocratiques et la séparation des pouvoirs. C’est ce qu’expliquait la semaine dernière dans nos colonnes Valter Sanches, secrétaire général d’IndustriAll global Union :  » lui (Bolsonaro, NDLR) et ses soutiens menacent réellement l’ordre démocratique, la Cour suprême, l’opposition, les syndicats, les mouvements sociaux… » .

Entrée en résistance

« Une partie importante du peuple brésilien exige d’être respectée. D’ici quatre ans, il y aura une nouvelle élection. Il faudra protéger les institutions et nous n’arrêterons pas d’exercer notre citoyenneté » , déclare Fernando Haddad à l’issue du scrutin. Le syndicat CUT appelle de son côté à « l’unité des forces démocratiques populaires » .

La  situation du peuple brésilien nécessitera certainement une solidarité au niveau international. La CGT ne manquera pas à l’appel au vu de ses déclarations : « La CGT exprime toute sa solidarité aux travailleurs-euses, aux syndicalistes et aux forces de progrès du Brésil et à tous ceux, porteurs d’une société fraternelle, plus juste et émancipatrice. Ils vont devoir résister et combattre dans ce contexte politique et social particulièrement inquiétant. »

Pour autant, si le Brésil est aujourd’hui source d’inquiétude, la situation n’est pas uniforme sur ce continent. Au Mexique, autre poids lourd d’Amérique latine, la démocratie emprunte aujourd’hui une toute autre direction. L’élection du président Obrador a ainsi conduit le pays à signer tout récemment la convention de l’OIT qui garantit le droit de se syndiquer librement.

Lire le communiqué de soutien du Syndicat national des journaliste CGT

Un modèle social qui résiste

Le syndicat brésilien, la CUT, soutient dans la rue la politique de l’actuel gouvernement, successeur de Lula Da Silva, menacé par le patronat, les grands médias et leurs alliés politiques. Explications.

Le 13 mars dernier, des centaines de milliers de Brésiliens ont manifesté dans 400 villes pour réclamer la destitution de la présidente Dilma Rousseff, pour corruption dans son entourage politique : visé, l’ex-syndicaliste puis président Lula Da Silva.

Convoquées par les partis de droite et les médias privés qui contrôlent la quasi-totalité de l’espace médiatique, ces marches ont ébranlé un gouvernement confronté à un ralentissement économique menaçant les progrès sociaux des gouvernements issus du Parti des Travailleurs (PT) de Lula (2002-2010) et Dilma Rousseff réélue en octobre 2014.

UN PAYS COUPÉ EN DEUX

Le 31 mars, une mobilisation convoquée par Lula Da Silva a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans les 26 États formant la fédération.

Ces événements renvoient l’image d’un pays coupé en deux : d’un côté, une population blanche dans sa majorité, de couches moyennes, de l’autre, des manifestants représentant les couches populaires. S’agissant des soutiens : le 13 mars, médias concentrés, dont Globo le plus grand groupe d’Amérique latine qui a soutenu la dictature (1964-1985), droite et aussi social-démocratie, grand patronat, groupes évangélistes ; le 31, PT, CUT (Centrale unique des travailleurs), organisations comme le Mouvement Sans Terre (MST) et le Front Brésil populaire qui regroupe partis et associations de gauche, intellectuels et artistes, comme Chico Buarque.

On l’aura compris : ce sont deux visions de la société qui s’affrontent, au-delà des péripéties politiques.

UNE CORRUPTION ET DES ACCUSATIONS

On ne saurait nier le mal causé par la corruption qui gangrène la vie politique. Certains députés du PT ont été éclaboussés et ont dû démissionner. Lula Da Silva affronte les suspicions alimentées par l’opposition.

Cependant, les principaux artificiers de cette campagne, Michel Temer, l’actuel vice-président, membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) et le président du Congrès, Eduardo Cunha, sont sous le coup d’une instruction pour corruption au centre de laquelle se trouve, la société publique Petrobras qui a fait profiter de ses largesses, des personnalités politiques de tous bords.

La crise s’est aggravée avec l’arrêt du soutien au gouvernement de son allié de droite, le PMDB et la menace de destitution de Dilma Rousseff, accusée elle, non de corruption, mais d’une manœuvre pré-électorale utilisée par tous les partis avant elle : faire financer les programmes sociaux par les banques afin d’en retarder l’inscription dans les dépenses publiques.

SITUATION ÉCONOMIQUE DÉGRADÉE

Le succès de la mobilisation anti-Dilma, tient à une situation économique dégradée (contraction de 3,8 % en 2015 et de 3,5 % en 2016 selon les estimations), due à la baisse du prix du pétrole dont le Brésil est le 13e producteur mondial, au ralentissement de la production industrielle (moins 6,2 % en 2015) liée à la dépression mondiale, avec une montée du chômage (800 000 emplois perdus l’an dernier) et une poussée inflationniste.

Les conséquences se sont traduites par une baisse de de la consommation des ménages de 4 %. A ces facteurs économiques, il convient d’ajouter la violence et l’insécurité qui font craindre pour le déroulement des prochains jeux Olympiques d’août prochain.

DANS TOUT LE CONTINENT…

La droite, battue à la régulière tente par la voie constitutionnelle de récupérer le pouvoir. Cette stratégie, mise en œuvre au Honduras contre le président Zelaya en 2009, en préparation au Venezuela, contre Nicolas Madura, a été dénoncée par les manifestants pro-Rousseff qui dénoncent un « coup d’État ».

Le MST affirme qu’il « occupera la rue jusqu’à ce que soit étouffé le coup d’État, car derrière se cache 1 % des plus riches qui souhaite accroître leurs privilèges ».

MODÈLE SOCIAL MENACÉ

C’est en effet un modèle social qui est en jeu. Car, malgré ses atermoiements, dans la mise en place de la réforme agraire, dans la rupture avec les dogmes libéraux, la politique menée ces dix dernières années a permis de faire tomber le taux de pauvreté de 31 % à 21,4 %. Avec la droite aux affaires, on assisterait, comme aujourd’hui en Argentine, à des mesures d’austérité (baisse des impôts pour les riches, dévaluation, privatisations – au Brésil Petrobras est dans la mire).

Face aux menaces que fait peser une destitution qui installerait au pouvoir le vice-président Temer, le gouvernement a tout intérêt, parallèlement aux manœuvres de couloir qui éviteraient que 2/3 des députés votent la mise à l’écart de Dilma Rousseff, de s’appuyer sur le peuple mobilisé pour empêcher sa destitution.

Ce qui, n’ayant pas ou trop peu été fait, a poussé une partie de son électorat dans les rets de la droite. On comprend que le mouvement syndical, derrière la CUT, soit aujourd’hui dans la rue…

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