Le 23 septembre 1895 à Limoges s’ouvrait le congrès fondateur de la CGT!

Du passé, ne faisons pas table rase.

L’INTERDICTION DES COALITIONS

1789, la Révolution Française détruit la hiérarchie des normes sociales. Le Tiers État prend le pouvoir. L’espoir d’un souffle nouveau pour la classe ouvrière et paysanne est vite balayé. Le 14 juin 1791, la loi Le Chapelier proscrit toute entente ou coalition en vue de défendre de « prétendus intérêts communs ». Le texte concerne les entrepreneurs, les ouvriers et les compagnons. Ces dispositions sont confirmées par une loi de 1803 sur le travail dans les manufactures et les ateliers. En cas de litige du travail, le Code Civil, instauré par Napoléon Bonaparte, stipule que  » le maître est cru sur son affirmation ».

Au XIXème siècle, la condition de la classe ouvrière est épouvantable. La Révolution industrielle détériore encore un peu plus les conditions de travail. Des grèves éclatent un peu partout. Le XIXème siècle est marqué par deux Révolutions ( 1830 et 1848). La Commune de 1870, qui est une insurrection contre le gouvernement, ébauche pour Paris une organisation proche de l’autogestion.

La répression contre les mouvements ouvriers est toujours violente et sanglante. Malgré cela, les ouvriers continuent de lutter pour l’amélioration de leurs conditions de travail.

Le 21 Mars 1884, devant la grogne de plus en plus grande de la classe ouvrière, Waldeck Rousseau autorise la création de syndicats professionnels.

En 1886, un premier regroupement des formes syndicales s’opère avec la création d’une Fédération Nationale des Syndicats.

Les bourses du travail représentent une forme de structuration ouvrière. Le projet des bourses est clairement d’inspiration anarchiste. La Fédération Nationale des Bourses du travail affiche sa volonté d’indépendance vis-à-vis de l’État.

Le 7ème congrès national qui s’ouvre le 23 septembre 1895 à Limoges décide d’une organisation unitaire et collective ayant pour titre  » la Confédération Générale du Travail ».

LIMOGES VILLE ROUGE

Le nom de « ville rouge » est donnée pour deux raisons:

– Limoges est réputée pour l’inspiration anarcho-communiste des ouvriers qui ont des convictions profondément anti militaristes et anti cléricales.

– Des flammes qui sortaient des cheminées des usines de porcelaine. Le rouge était la couleur dominante la nuit sur Limoges.

En 1905, éclate une grève des ouvriers de la porcelaine.

Protestant contre les bas salaires et les contremaîtres, les ouvriers de la chaussure et du feutre sont les premiers à se mettre en grève.

En mars, l’arrivée d’un nouveau général à la tête de la division de Limoges est mal perçue, et les ouvrières de Haviland (porcelaine) rejoignent le mouvement en solidarité avec leurs camarades renvoyés.

Les grèves se généralisent en avril à l’imprimerie. Dans la porcelaine, les ouvriers réclament le renvoi d’un contremaître, dans chacune des deux usines Haviland (Charles Haviland, avenue Garibaldi, et Théodore Haviland, place des Tabacs). Le drapeau rouge est hissé sur le toit de la seconde, en réponse au patron qui, d’origine américaine, avait hissé le drapeau des États-Unis.

Le président du Conseil Maurice Rouvier demande que les échanges entre ouvriers et patrons aboutissent. Les pourparlers sont repoussés. Le lock out est engagé et les porcelainiers mis à la porte le 13 avril.

L’armée intervient le 14 avril. Une bagarre éclate, des barricades sont dressées dans l’un des faubourgs populaires (ancienne route d’Aixe). On déplore un cheval tué, la jument Estacade, dont le corps devient le centre d’une nouvelle barricade.

Des renforts militaires sont envoyés. Tout attroupement est prohibé par la préfecture, des armureries sont pillées. Une bombe explose devant la maison du directeur de l’une des usines Haviland, l’automobile (rare à l’époque) de Théodore Haviland est incendiée. Des arrestations interviennent.

Le 17 avril, un cortège formé après un meeting de la CGT se rend à la préfecture demander la libération des personnes arrêtées. Sur le refus du préfet, la foule se rend à la mairie demander l’intervention du maire, Émile Labussière (socialiste). Celui-ci tente une démarche qui échoue. Les manifestants gagnent alors la prison départementale (place du Champ-de-Foire) et en défoncent l’entrée. Une troupe de cavaliers (dragons) est dépêchée. S’ensuit un violent affrontement. L’infanterie est envoyée au secours des cavaliers empêchés d’agir; les émeutiers se réfugient dans le jardin d’Orsay, qui domine la place, mais est occupé par des badauds. Sous le jet de projectiles divers et (selon certaines sources, non avérées, après avoir subi des coups de feu), la troupe ouvre le feu et prend le jardin d’assaut. On déplore plusieurs blessés et un mort, du nom de Camille Vardelle (19 ans), ouvrier porcelainier qui se serait trouvé là comme spectateur.

Les funérailles du jeune Vardelle sont suivies, deux jours plus tard, par des dizaines de milliers de personnes. Les festivités du 14 Juillet sont cette année-là annulées.

Le 21 avril, le travail reprend dans la porcelaine après la fin des négociations, mais les salariés n’ont pas obtenu satisfaction sur leurs principales revendications. Le mouvement se poursuit dans d’autres secteurs, principalement à la couperie de poils de lapin Beaulieu, rue d’Auzette. Les grévistes bloquent l’usine et la maison du patron. Le siège est finalement levé.

Dans les décennies qui suivent, la ville acquiert une image en partie liée à ces événements historiques. Ainsi, peu de temps après, un dessin portant la légende « Faites-nous peur, Monsieur Jaurès parlez-nous de Limoges ! », paraît dans L’assiette au beurre.

 

 

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