Quelles réponses syndicales sur la Catalogne?

Sans prendre parti sur l’indépendance, les commissions ouvrières catalanes en appellent au dialogue et à la médiation. Entretien avec Michela Albarello, responsable confédérale des commissions ouvrières de Catalogne.

Michela Albarello. Secrétaire confédérale CCOO de Catalogne

Quelle  est  votre  position sur  l’indépendance  de  la Catalogne ?

Nous  sommes  une  organisation plurielle, les camarades ont des opinions très diverses sur cette question éminemment politique. Raison pour laquelle nous ne prenons pas officiellement position sur le sujet et ne donnons pas de consigne de vote. Mais il est clair que les Catalans ont le droit de se prononcer sur leur avenir. Nous condamnons avec fermeté les violences policières, et nous plaçons dans le camp du dialogue et de la médiation. En qualité de première force sociale de la Catalogne, nous avons des propositions.

Quelles sont-elles ?

Avec d’autres acteurs de la société civile, nous avons constitué une plate-forme de réflexion [« Table pour la démocratie »,  N.D.L.R.].  Notre  fil conducteur ? La défense du dialogue dans le processus en cours. Nous faisons aussi partie d’une commission  indépendante  pour  la  médiation, commission constituée par le Col·legi de l’Advocacia de Barcelona [barreau de Barcelone,  N.D.L.R.],  qui ambitionne d’aider les politiques à trouver un cadre de résolution du conflit. En cette période, il est crucial de maintenir la cohésion sociale.

Celle-ci est-elle en danger ?

Oui, en raison du climat que l’on respire ici ! Deux camps qui ne se parlent pas et donnent l’impression de tenir des positions incompatibles. Il y a une polarisation très forte de la société y compris dans les familles, les groupes d’amis…

Comment voyez-vous l’avenir ?

Pour l’heure, le débat se focalise sur l’indépendance mais si, par exemple, celle-ci advenait, nous n’avons à cet instant précis pas de proposition concrète en matière de droit du travail. On sait que l’on aurait une république, mais avec quel modèle de relations sociales ? Il nous faut donc attendre de voir se dérouler l’agenda politique. Celui-ci reste très incertain. En coopération avec la confédération  des  CCOO  à  Madrid, nous proposons d’ouvrir une double négociation s’articulant autour, d’une part, de la mise en place d’un nouveau cadre d’autonomie pour la Catalogne – au travers d’une révision de la Constitution espagnole – et, d’autre part, de l’organisation d’un référendum afin que les citoyens catalans puissent se prononcer dans un cadre légal. Une fois ces étapes franchies, nous pourrions concrètement parler d’avenir.

La Catalogne est riche au regard d’autres régions du pays, quelle est la situation des travailleurs ?

Elle est très grave, comme dans toute l’Espagne ! Chez nous, la richesse se voit dans le PIB, pas dans la redistribution des profits ! Nous revendiquons une relance de l’économie qui ne soit pas basée sur la spéculation et l’immobilier. La Catalogne doit promouvoir l’outil industriel, l’économie verte, les technologies… Nous avons l’un des plus forts taux de chômage d’Europe, et 13 % des travailleurs sont pauvres. Notre loi Travail, qui date de 2012, a, comme chez vous, mis a mal les conventions collectives… Tout l’enjeu est donc aussi de maintenir notre agenda revendicatif.

Article paru dans Ensemble ! numéro 102

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