Quand le « prendre soin » prend l’eau de toutes parts

 

La publication le 16 janvier d’une tribune signée par un millier de médecins et de cadres hospitaliers et de la santé, mais aussi la multiplication de conflits locaux et d’expressions de syndicats de l’hôpital public témoignent du profond malaise qui taraude les professionnels de santé qui n’en peuvent plus de faire « toujours plus avec toujours moins ».

« Les hôpitaux sont condamnés à augmenter sans cesse leur activité tout en réduisant le nombre de leurs personnels » alertent les signataires du texte rédigé à l’initiative des professeurs André Grimaldi, Jean-Paul Vernant et le Dr Anne Gervais. « Ce toujours plus avec toujours moins entraîne une dégradation des conditions de travail, provoquant épuisement et démotivation des soignants et en conséquence, une baisse de la qualité des soins ».

Il faut que le malaise des soignants soit devenu insupportable pour que certains en arrivent à commettre l’irréparable comme à Denain où en un mois une infirmière a été sauvée de justesse après avoir tenté de mettre fin à ses jours tandis qu’un de ses collègues s’est pendu à son domicile. Illustration encore du malaise à l’hôpital de Laval où les syndicats CGT et Force Ouvrière (mas pas la CFDT) ont déposé un préavis de grève illimitée à partir du mercredi 24 janvier. Les personnels de santé réclament de meilleures conditions de travail.

A Laval, les urgences ont enregistré une moyenne de 94 passages par jour. Mais depuis le début du mois, le flux a atteint 125-130 passages par jour alors que les locaux des urgences rénovés en 1992 sont prévus pour une capacité de 65 personnes. Autre illustration du « toujours moins », jeudi dernier 18 janvier, la CGT de l’hôpital de Wattrelos a tenu une réunion publique pour organiser la contre-attaque après l’annonce de la fermeture des urgences de nuit à Wattrelos.

A Vannes, CGT et FO ont suspendu une grève de plus d’une semaine aux urgences du centre hospitalier après avoir obtenu des engagements de la direction sur les prises en charges et les conditions de travail du personnel. Mais « si les promesses ne sont pas tenues et les conditions de prise en charge et de travail non améliorées, la grève reprend sans préavis », préviennent les syndicats.

A Macon, sur les marchés, le syndicat CGT de l’hôpital prépare activement la mobilisation du 30 janvier dans les Ehpad : « On est dans une situation de réelles tensions, avec un absentéisme important et des accidents du travail réguliers. sans parler du turn-over, affirme le syndicat. Le personnel a le sentiment de ne pas faire le travail comme il le faut. »

« Il faut maintenant agir vite avant qu’il ne soit trop tard ! » insistent les 1000 médecins et cadres hospitaliers dans leur tribune où ils déplorent le mode de financement des hôpitaux qui repose sur la tarification à l’activité (T2A). Un mode de financement qui transforme les soins en produit et les professionnels en producteurs de soins. À deux reprises ces jours derniers, la ministre de la Santé a annoncé vouloir revoir le système de tarification des hôpitaux et ses « effets pervers ». Elle souhaite réduire la part de T2A de moitié, alors que celle-ci compte aujourd’hui pour la quasi-totalité du modèle de financement des hôpitaux. Après que François Hollande, puis Emmanuel Macron ont promis l’abandon du « tout-T2A », il est plus que temps d’agir, car la « situation de l’hôpital public est de plus en plus explosive », assurent deux intersyndicales de praticiens hospitaliers (Avenir hospitalier et CPH).

Agir avant qu’il ne soit trop tard, c’est ce que vont faire les personnels des Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) qui seront en grève le 30 janvier à l’appel d’une intersyndicale (CGT, CFDT, FO, Unsa, CFTC).

 

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

Imprimer cet article Télécharger cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *