Nuances entre les annonces et le concret sur l’égalité professionnelle

À l’occasion du 8 mars, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. La CGT se réjouit de certains engagements, mais relève des manques et dénonce le manque de moyens pour passer des paroles aux actes. Décryptage.

Comment ne pas se réjouir que le gouvernement ait fait mine de brandir le bâton pour punir les mauvais élèves en matière d’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, à la veille du 8 mars ? Le premier ministre annonçait le 7 mars l’ouverture d’une concertation de 4 à 8 semaines pour aboutir à des dispositions législatives. La mobilisation syndicale et féministe aura réussi à contraindre le gouvernement à reprendre leur proposition de passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultat en matière d’égalité salariale, et d’y associer des sanctions si les inégalités salariales ne sont pas supprimées dans un délai de 3 ans.

Cela dit, des zones d’ombre subsistent : comment passer des annonces à la réalité avec le manque de moyens flagrant parmi les inspecteurs du travail notamment ? Et comment agir sur la précarité des temps partiels, sur la parentalité ou sur les violences sexistes et sexuelles notamment ? Le gouvernement ne dit mot. La CGT, elle, appelait « les salarié-e-s à se mobiliser ce 8 mars — en portant un ruban blanc pour dénoncer les violences et en agissant à 15 h 40, heure à laquelle les femmes arrêtent chaque jour d’être payées — pour que les paroles soient enfin suivies d’actes  ».

Les chiffres, mais les bons

La mesure phare annoncée est celle de la mise en place d’un logiciel pour calculer les écarts de salaires et les évaluer sachant que la loi impose de supprimer toutes les discriminations dont sont victimes les femmes, qu’elles soient « expliquées » ou non. Or, ces écarts inexpliqués s’élèveraient au niveau national à 9 % alors que la CGT les évalue à 26 %. Ce logiciel est donc à surveiller afin qu’il ne devienne pas une «  ardoise magique des inégalités salariales et professionnelles, permettant de passer de 26 à 9 voire 0 % d’écart de salaire ! », alerte le syndicat. En raisonnant à poste égal, le gouvernement minimise la situation et écarte les temps partiels subis, les inégalités cumulées sur la carrière, la dévalorisation des métiers à prédominance féminine et la part variable de la rémunération.

Service public en recul, contrôle nul

Le gouvernement a également annoncé la multiplication par 4 des contrôles de l’inspection du travail. 60 % des entreprises ne respectent pas l’obligation de négocier sur l’égalité professionnelle, mais seules 0,2 % d’entre elles sont sanctionnées… La tâche est immense, mais les effectifs d’inspecteurs du travail ont chuté de 20 % en 10 ans. Des recrutements en nombre s’imposent pour que les contrôles se concrétisent (vidéo de Sophie Binet). La CGT continue en outre à exiger des mesures pour la parentalité, avec un plan de création de places en crèche, une vraie protection des femmes enceintes, un allongement des congés paternité et maternité et une augmentation de l’indemnisation du congé parental pour qu’il soit mieux partagé.

La lutte contre les violences sexistes et sexuelles mérite mieux

Alors que plus de 80 % des entreprises n’ont pas de plan de prévention des violences sexistes et sexuelles, le gouvernement n’a annoncé aucune mesure contraignante pour les employeurs. Il ne prévoit aucun nouveau dispositif pour protéger les victimes : « pas de nouveaux droits pour les représentant-e-s du personnel et les conseiller·e·s du salarié, pas de prise en charge des frais médicaux et psychologiques, pas d’extension des délais de prescription pour contester des licenciements abusifs… », détaille-t-on à la CGT.

Enfin, cela aurait été l’occasion de renforcer les moyens humains et financiers d’associations spécialisées telles que l’AVFT, seule association d’accompagnement des femmes victimes de violences au travail, débordée depuis le scandale Weinstein et contrainte de fermer son accueil téléphonique le mois dernier. La mobilisation de tous les jours et celle du 8 mars en particulier s’imposent donc pour continuer à réclamer le passage des paroles aux actes sur cette question fondamentale.

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