Sénégal : le calvaire des oubliées de la République

Les femmes déficientes mentales font souvent l’objet d’abus sexuels de la part de certains hommes véreux. Au Sénégal, les malades mentales errantes sont victimes de viols ou de toutes sortes de violences. Certaines d’entre elles sont même engrossées. En ce 8 mars, célébrant la journée internationale de la femme, Sud Quotidien s’est intéressée aux calvaires de  cette couche vulnérable et oubliée parce que n’étant protégée par « aucun texte », donc « sans droit ». Elles errent dans les rues jour et nuit sans aucune protection. La triste réalité, c’est que la société passe sous silence ce phénomène au moment où des gens sans vergogne profitent de l’état de déficience mentale de ces femmes, sans défense, pour satisfaire leur sale besogne.
Elle a la quarantaine révolue. SD  est  connue et reconnu par tous les habitants des quartiers Médina Baye, Sam Darou Rahmati et environs de Kaolack. Elle déambule en haillons et parfois même  toute nue dans les rues de Kaolack, avec son pot de tomate posé sur la tête, à la recherche de nourriture. Malgré son état piteux, avec le corps qui souvent est  submergé de boue et d’eau usée, ses cheveux crasseux, certains hommes profitent souvent de son état de santé mentale pour abuser d’elle. Elle contracte des grossesses  suite à  ces viols. Des grossesses qu’elle a toujours du mal à supporter. Après accouchement, ses enfants sont  confiés au Village d’enfant SOS ou récupérés par certains membres de sa famille qui vont se charger de leur éducation.

A l’image de cette dame, elles sont nombreuses les femmes déficientes mentales qui subissent ces viols ou des maltraitances. Elles sont traînées la nuit dans des écoles, des marchés, des maisons abandonnées ou en construction, entre autres endroits, par des hommes irresponsables pour satisfaire leur libido. « Dans le département de Rufisque, un gars a enceinté la sœur de son ami qui est une malade mentale. Il fréquentait la maison alors qu’il entraînait une relation  sexuelle avec la fille déficiente mentale. Mais, le jeune homme a refusé  la paternité de l’enfant. La famille à décidé de  porter  plainte. L’auteur de la grossesse  a été convoqué au commissariat puis déféré en prison. En ce temps, il a reconnu la paternité du bébé. Donc l’option prise par la famille a porté ses fruits », témoigne Assoumana Dione, le président de l’Association sénégalaise pour l’assistance aux malades mentaux (ASSAM)

Un autre cas  s’est produit dans la région de Kolda. Mais, cette fois-ci, notre interlocuteur nous apprend que l’auteur de la grossesse a assumé toutes ses responsabilités. Selon lui, il a même baptisé l’enfant. En dehors des viols, les femmes malades mentales sont confrontées à de nombreuses difficultés notamment l’hygiène lors des périodes de menstrues. Elles n’ont personne pour s’occuper d’elles. Cette situation est révoltante et humiliante pour toutes les femmes. « Quand une femme circule  toute nue dans la rue,  livrée au regard de tous et à la merci de tous les pervers, aucune femme ne peut se sentir digne », se désole Anssoumana Dione. Ainsi appelle-t-il les femmes autorités de ce pays à porter le plaidoyer auprès de l’État pour une meilleure prise en charge de leurs sœurs malades mentales errant dans les rues. Car, pour le président de l’ASSAM, c’est la seule solution au problème.

FEMMES HANDICAPÉES MENTALES ET MÈRES : Malades et sales le jour, mais… belles et attrayantes la nuit

Elles sont malades de naissances ou atteintes de maladies mentales très jeunes, souvent sales le jour et habillées en haillons, mais « belles, ravissantes et attrayantes » la nuit. Avec l’indifférence des proches, elles tombent dans les griffes de prédateurs sexuels. Ces hommes guidés simplement par l’instinct animal d’assouvir des pulsions sexuelles ou sur injonction de charlatans, finissent par fuir, disparaître et ne jamais montrer un quelconque sentiment public pour ces dernières, après avoir abusé d’elles. Conséquence, du fait de ces agressions sexuelles et viols parfois suivis de grossesses dont elles sont victimes, naissent des enfants de pères inconnus. Ces nourrissons sont recueillis souvent par d’autres proches pour tenter de leur donner une autre vie. Récit de transes de vies de femmes handicapées mentales approchées la nuit et repoussées le jour.

Combien sont-elles ces femmes handicapées mentales, mais qui font des enfants au Fouladou ? Aucune étude sérieuse n’est à notre connaissance disponible. Mais, un tour au centre ville permet de mesurer l’ampleur de ce phénomène. Elles sont malades mais engrossées ou déjà mères. Et les exemples ne manquent pas, même dans certains villages.

C’est le cas de cette jeune femme de Niandiaye. Handicapée mentale de naissance, elle erre de villages en villages dans cette zone coincée entre les communes de Saré Bidji et de Bignaarabé. Dans ces différentes pérégrinations, elle a fait déjà deux enfants. Des enfants dont elle est séparée dès leurs naissances. Sa sœur se charge de gérer le reste. Difficile d’aborder le sujet avec ses parents qui parlent simplement de destin. Son grand garçon est en classe de CI (Cours d’initiation – école primaire). Elle ne prête aucune attention aux enfants. Jamais elle n’a désigné quelqu’un comme étant le père supposé de ses enfants. Elle continue à roder, « guidée par l’insouciance et l’inconscience ».

Autre localité du Fouladou, autre réalité. A Kolda, une de ces femmes fait le buzz. En effet, de taille courte et bien dotée par la nature, elle fait dans « la provocation », inconsciemment, avec des tenues très « hot » qu’elle porte. Ce qui ne laisser aucun Mollah, pardon aucun homme faible, indifférent. Habitant le quartier populaire de Doumassou, elle est spéciale de part ses coiffures. Handicapée mentale, belle et veillant sur son accoutrement, elle est « dangereusement » bavarde. Surtout pour ceux qui la fréquentent. Elle n’hésite pas à interpeller « prétendant » en plein jour pour dire à toute l’assistance que ce dernier a couché avec elle la nuit précédente. Elle a un grand garçon. Point de secret avec elle. A l’hôpital, dès qu’elle franchit le seuil de la porte elle explique au premier contact son statut sérologique. N’empêche toutes les nuits, elle attire beaucoup de clients. Pour l’épargner de grossesses non désirées, les proches ont vite fait de l’aider à faire un planning familial, histoire de limiter les naissances.

Loin d’être exhaustive, la liste est encore longue de cas de femmes malades mentales victimes d’abus sexuel de la part d’hommes faibles qui n’attendent que la nuit pour profiter d’elles. Seulement, il est difficile d’accrocher un homme acceptant de reconnaître avoir eu une aventure avec une handicapée mentale ou d’en témoigner. Le seul qui reconnaît avoir une fois eu des rapports avec cette belle handicapée mentale de Kolda indique avoir agi sous l’effet de l’alcool. Avant de lancer : « mais elles ont aussi droit au sexe comme vous ? », mettant fin à notre entretien sur ce ton.

MAMADOU KANDE, SOCIOLOGUE, SUR LES VIOLS ET ABUS SEXUELS SUR LES MALADES MENTALES : « C’est un phénomène social et une œuvre d’hommes obsédés par le pouvoir, l’argent, la célébrité… » 

Mamadou Kandé, un jeune sociologue, explique que les agressions, viols et autres formes d’abus sexuels dont sont souvent victimes les femmes malades mentales sont un phénomène social et l’œuvre d’hommes obsédés par le pouvoir, l’argent, la célébrité, etc. « En psychologie cognitive, une malade mentale est une personne qui a des problèmes psychiatriques, qui ne jouisse pas des toutes ses facultés mentales. Quelqu’un qui considère les objets comme des êtres vivants. C’est dans ce sens que les personnes en déficience mentale, notamment les femmes qui souffrent de maladie mentale, se retrouvent hors de la vie en famille du fait que la société, en générale, et celle sénégalaise, en particulier, les considère comme une menace pour leurs familles. De ce fait, elles se retrouvent dans les rues, exposées à tous les risques. Elles sont souvent victimes de toutes les agressions voire sexuelles. Les causes de ce phénomène sont multiples. Elles sont  politiques, économiques et sociales. Aujourd’hui, plusieurs études ont relevé que beaucoup d’hommes, pour des raisons politiques, leurs soi-disant marabouts leur demande de coucher avec une femme malade mentalement pour occuper certaines postes de responsabilité. Pour être riche, certains marabouts recommandent à leurs clients d’aller faire l’amour avec une femme malade mentalement. D’autres, pour des questions de célébrités, couchent avec des femmes qui sont en déviance mentale. Mais, par contre, certaines d’entre elles aussi se font enceinter par leurs pairs (hommes malades mentaux) car ils ne sont pas conscients de leurs actions. D’autres, parfois, sont enceintées par leurs anciens maris. Aujourd’hui, tout ce que je peux vous dire par rapport à ce sujet des femmes malades mentales qui tombent enceintes, c’est qu’elles sont victimes des agressions sexuelles de nos hommes  politiques  des personnes qui veulent être célèbres mais aussi de ceux-là qui veulent être riches. C’est un phénomène social qui gangrène les sociétés africaines, en particulier la société sénégalaise où les hommes sont obsédés par le pouvoir, l’argent, la célébrité et j’en passe. C’est un phénomène déplorable qui mérite d’être dénoncé… Une pensée pieuse à celles-là qui sont victimes d’agressions sexuelles, malgré leurs handicaps. »

LA SOUFFRANCE EN SILENCE DES FEMMES MALADES MENTALES EN ERRANCE

Très peu de cas de violences sexuelles exercées sur des femmes malades mentales en errance sont connues dans la région de Sédhiou. Et pourtant, quoique rarement, elles sont victimes d’agression de la part d’individus visiblement « bien portants » qui cherchent juste à satisfaire leur libido. Le Service régional de l’action sociale dit n’en avoir pas eu connaissance. Cependant, des témoignages attestent des occurrences malheureuses rapportées par des victimes elles-mêmes à des confidents bien après les faits. Sous ce même angle d’agression sexuelle, celles aux âmes immaculées, les filles mineures en l’occurrence sont mises en état de grossesse. Ce qui, naturellement, freine le leadership.

Les femmes en situation de vulnérabilité sont le plus souvent victimes d’agressions diverses, à caractère sexuel particulièrement. S’agissant des malades mentales en errance, les enquêtes officielles ne font pas état de victime dans la région de Sédhiou, si l’on en croit Mamadou Ibrahima Ndiaye, le chef du Service régional de l’action sociale. Cependant, des indiscrétions font état, quoique de façon évasive, de cas isolés d’agressions suivies de viols sur des déficientes mentales. Il y a deux ans, en effet, une jeune dame de teint clair habitant le quartier Moricounda a fait l’objet de quelques convoitises discrètes, dit-on, et de la part d’hommes insoupçonnés. Son large sourire cache sa folie aux plus biscornues et obsédés de sexe à lui proposer des billets de banque pour coucher avec elle, rapportent des sources anonymes.

Une autre, quoique moche et longiligne, n’échappe pas à certaines provocations. Des vendeuses de petit déjeuné près d’une école rapportent qu’un jour elle (la malade mentale) s’était allégrement laissée aller à des déballages incriminant des gens qui lui font les yeux doux dès la tombée de la nuit et qu’elle accède à certaines sollicitations contre des pièces ou des billets de banque. Et de les mépriser en ces termes : « le jour, ils font comme s’ils ne m’ont jamais côtoyée alors que la nuit ils me guettent comme une proie, chiche ! », a-t-on également glané de leurs conversations rapportant les propos évocateurs de la malade mentale. Étant entendu que des forfaits de ce genre ont souvent sans témoin, les dénonciations à charge de ces malades mentales victimes de l’agression ne font pas foi. Toutefois, des cas de grossesse ne sont pas encore signalés, même si le dernier en date remonte à des années lointaines (au moins 15 ans), se rappelle Ansou, un sexagénaire interpellé sur la question.

LES FEMMES EN SITUATION DE HANDICAP VICTIMES DE VIOLENCES

Néanmoins, le Service régional de l’action sociale de Sédhiou atteste que des femmes en situation de handicap sont souvent victimes d’actes de violences verbales et physiques. Sans vraiment avancer de nom, Mamadou Ibrahima Ndiaye, le chef du service témoigne avoir deux fois de suite été interpellé pour des cas de violence sur des femmes handicapées. « Il s’agit d’une dame en situation de handicap souvent injuriée et imitée dans son handicap par l’épouse du grand-frère de son mari. Le deuxième cas survenu ailleurs, toujours à Sédhiou, avait également motivé notre déplacement jusqu’à leur domicile. Et, depuis, la situation s’était quelque peu calmée ».

DIOURBEL – MANQUE D’INFRASTRUCTURES D’ACCUEIL DES FEMMES  MALADES MENTALES ENCEINTES : Leurs bébés souvent confiés à des familles d’accueil

La prise en charge des femmes enceintes malades mentales et de leurs enfants pose souvent problème au niveau de la région de Diourbel. Un manque criard d’infrastructures d’accueil de ces cas d’enfants est souvent noté, raison pour laquelle ils sont orientes vers les régions limitrophes.

La région de Diourbel souffre d’un manque d’infrastructures d’accueil pour les femmes malades mentales et leurs enfants. Il y a près d’une quarantaine de cas qui ont été recensés pour le moment au niveau de Diourbel. Le chef du Service du développement communautaire de Diourbel, Amadou Ndiaye explique que « ces femmes malades mentales font parties de la cible du ministère de la Femme, la Famille et du Genre. Le nombre de ces femmes n’est pas important dans la région de Diourbel mais, quand-même, il y a des cas qui existent. Le problème qu’on a par rapport à ces femmes est leur prise en charge, notamment des femmes avec des enfants. Si l’une d’elles a un enfant, on essaie de récupérer le bébé pour le placer dans une famille d’accueil. Il n’y a pas de structure qui a été mise en place au niveau de la région de Diourbel pour prendre en charge ses enfants. Cela constitue une équation et on devrait travailler à avoir une structure d’accueil pour ses femmes et ses  enfants. Dans un premier temps, il faut orienter ces cas au niveau du Service du développement communautaire. Nous n’avons pas fait tout le recensement, mais nous avons près de 40 cas ». Toutefois, précise Amadou Ndiaye, Diourbel compte désormais une pouponnière. « Il faut retenir qu’une pouponnière a été mise sur pied au niveau de la région de Diourbel où il y a près de 5 bébés. Ces derniers sont souvent confiés à cette structure, à la suite du décès de leurs mamans », note-t-il.

MBOUR : Un recul des cas de grossesses de malades mentales

La petite côte enregistre de moins en moins de cas de grossesses de malades mentales. Le phénomène tant décrié dans la petite côte il y a quelques années tend à disparaître, selon des sources très averties. Les malades mentales errant dans les rues se font rares, d’une part, et la sensibilisation et la communication sur la question ont fini de faire tous leurs effets, de l’autre. Un dispositif mis en place à Mbour a fait reculer le phénomène de la drague des malades mentales.

Le seul dernier cas de grossesse de malade mentale enregistré ces vingt dernières années avait suscité de vives réactions. L’enfant placé dans un lieu de prise en charge de bébé en situation de vulnérabilité est aujourd’hui difficile à localiser. Il a quitté depuis ce cadre et évolue dans un autre univers qui continue à assurer sa protection. La décence et la réserve obligent de s’arrêter pour ne pas continuer dans la traçabilité de quelqu’un n’ayant commis aucun mal sinon que de naître d’une mère en situation de vulnérabilité.

Des couples de malades mentaux mettent aussi au monde des enfants aussitôt placés dans les garderies et les pouponnières, dès la naissance. L’Observatoire de l’enfant de Mbour très outillé, avec des membres sous le couvert de l’anonymat, a fait un travail de fourmi très fourni. Ce type de violence faite aux femmes malades mentales ouvre toujours à des commérages et des enquêtes. Et l’observatoire ne se prive pas de mettre au parfum qui de droit et de favoriser l’ouverture de poursuite judiciaire. En plus, la sensibilisation des familles des femmes malades mentales a abouti à des efforts multiples. Elles sont encadrées et transférées vers les services appropriés pour leur prise en charge.

Aussi, le Service départemental de l’éducation populaire et son Centre conseil ado continuent de s’investir dans la protection des personnes en situation de vulnérabilité comme les cas d’inceste exposant des enfants mineurs, des enfants dont les parents sont en situation de vulnérabilité. Le dispositif médical avec des relais communautaires et des « badienou gokh » constitue de nos jours des boucliers protecteurs et permettent de briser les tabous.

Toutefois se désole un observateur averti qui nous a confié, durant nos investigations et enquêtes, qu’il faut mener une communication accrue sur la question pour faire reculer les amateurs qui seront tentés d’entretenir des relations intimes avec des malades mentales pour satisfaire des préoccupations mystiques, pour se faire des richesses ou une ascension sociale.

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