Avec Collomb, l’ordre matraque même le droit!

En demandant aux manifestants de s’opposer aux casseurs, le ministre de l’Intérieur profère une énormité juridique au micro de BFMTV, samedi soir, après une « Marée populaire » dont le Premier ministre a accablé de son mépris de classe.

Commentant les quelques incidents provoqués par les Black Blocs en fin de cortège, à Paris, dans le quartier Bastille (7 policiers légèrement blessés, 26 gardes à vue, quelques abribus et vitrines endommagés), le premier flic de France a lâché ceci :

« Si on veut garder demain le droit de manifester, qui est une liberté fondamentale, il faut que les personnes qui veulent exprimer leur opinion puissent aussi s’opposer aux casseurs et ne pas, par leur passivité, être – d’un certain point de vue – complices de ce qui se passe… »

En démocratie, le droit de manifester est un droit fondamental. En France, il est reconnu par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (qui figure en préambule de la Constitution), il est garanti par le Conseil constitutionnel et il est cité à l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le fait d’entraver le droit de manifester est d’ailleurs un délit réprimé par le code pénal.

Le maintien de l’ordre, en France, est du ressort de la police et de la gendarmerie.

C’est le cas pour les manifestations autorisées, comme la « Marée populaire » du 26 mai, mais aussi pour les attroupements. Tout cela est de la responsabilité du ministre Collomb, même si les organisateurs d’une manifestation peuvent organiser leur propre service d’ordre (et ils le font). Les milices de citoyens ne sont pas plus autorisées que ne le sont groupes violents.

Cela en vertu d’un vieux principe démocratique selon lequel on ne se fait pas justice soi-même.

Il est totalement irresponsable et dangereux, de la part d’un ministre de l’intérieur, de demander à des manifestants pacifiques de s’en prendre à de présumés « casseurs » au vu de leur tenue, de leurs slogans ou de leur comportement.

La chose serait de plus illégale : un citoyen n’a le droit d’en arrêter un autre que si celui-ci vient de commettre sous ses yeux un délit passible d’une peine de prison ou un crime, et uniquement pour le remettre à un policier ou à un gendarme.

Dans le cas contraire, le fait de s’immiscer dans le travail des forces de l’ordre est interdit par la loi.

« L’article 433-12 du code pénal réprime le fait, par toute personne agissant sans titre, de s’immiscer dans l’exercice d’une fonction publique, en accomplissant l’un des actes réservés au titulaire de cette fonction. Cette infraction est punie d’une peine de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende », a rappelé le ministère de la justice dans une circulaire adressée aux tribunaux, le 27 avril après la chasse aux migrants organisée par les Identitaires dans les Hautes-Alpes.

Rejeter sur les manifestants pacifiques les incidents provoqués par les Black Blocs est donc, de la part du ministère de l’intérieur, une aberration juridique. La chose est d’autant moins compréhensible et excusable que les consignes de discrétion et de retenue données aux forces de l’ordre ces derniers mois dans les manifs parisiennes, ont nettement réduit les affrontements violents et le nombre de blessés de la période Valls-Cazeneuve. La « Marée populaire » du 26 mai n’a, d’ailleurs, causé que des dégâts mineurs, provoqués par 150 à 200 Black Blocs.

Grisé par le pouvoir, Gérard Collomb semble perdre de vue ses devoirs et le sens même de sa fonction. A-t-Il jamais su en quoi consiste le fait d’exprimer son opinion en manifestant dans la rue en tant que simple citoyen. Les lycéens et étudiants arrêtés au lycée Arago et placés en garde à vue ont, eux aussi, fait l’expérience de cette lacune démocratique du ministre.

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