Lettre ouverte de la CGT du CH Esquirol de Limoges aux députés LREM de la Haute-Vienne

LETTRE OUVERTE

Madame la Députée,

Nous souhaitons vous alerter sur la situation de la Santé Mentale sur notre territoire.

La pénurie de médecins, que nous connaissons depuis déjà plusieurs mois, occasionne des situations plus que délétères pour une prise en soins de qualité. En effet, cette pénurie a conduit l’établissement à geler des lits dans plusieurs unités (filière aiguë et filière ambulatoire), 12 au total. Les projets médicaux s’en trouvent donc freinés. Nous observons aussi que des usagers, nécessitant une prise en charge en hospitalisation complète dite « d’urgence », se retrouvent sur liste d’attente risquant de voir leurs troubles s’aggraver au domicile. Ainsi, nous ne répondons pas ou plus à une prise en soins de qualité.

A ce déficit médical sur notre établissement s’ajoute le détachement de 3 équivalents temps plein sur le département de la Creuse (CH La Valette) où la situation est dramatique. Nos médecins ont donc des conditions de travail dantesques et dégradées du fait de la diversité de leurs lieux d’intervention.

De cette organisation décousue, nous constatons un fort impact sur les équipes soignantes de notre établissement avec la diminution des temps médicaux dans les unités de soins mais aussi la nécessité pour nous de prendre en charge les usagers de la Creuse notamment concernant la pédopsychiatrie puisque sur ce département, la prise en charge des enfants et adolescents n’est plus assurée (fermeture définitive de structures d’accueil).

Le développement de l’ambulatoire sans budget supplémentaire a contraint notre Direction à fermer 73 lits depuis 30 mois. Le personnel non médical a donc été redéployé sur l’ambulatoire et quelques unités, cependant nous déplorons la perte d’au moins 40 postes tous corps de métiers confondus sur cette période. Nous retrouvons donc, dans les unités concernées par ces fermetures de lits, des listes d’attente pouvant atteindre 60 patients, comme sur le pôle d’addictologie dont la référence et le rayonnement sont régionaux. Par effet rebond, ceci impacte les autres unités qui doivent assurer la prise en soins de patients ne relevant pas de leurs spécificités. Ainsi, nos personnes âgées – car vous le savez notre population est dans les plus vieillissantes de notre pays – se retrouvent mutées d’une unité à l’autre sans pouvoir être pris en charge au sein du pôle de psychiatrie du sujet âgé, entraînant une aggravation de leurs troubles. Nous sommes donc bien loin de la prise en soins individualisée et de qualité qui pourtant nous est chère et pour laquelle il nous paraît important et obligatoire de nous battre.

Les conditions de travail se dégradent de jour en jour obligeant les personnels à se détacher de plus en plus des soins, laissant leur cœur de métier au placard et ce, au détriment des usagers. Après avoir réglé les formalités administratives chronophages, quel temps reste-t-il pour nos patients ? Les échanges se font rares et quand il y en a, il nous faut composer avec le téléphone qui sonne, la traçabilité informatique à faire,… Alors si les relations humaines ne sont plus, comment se prévaloir d’être un centre expert en santé mentale car, vous le savez, l’entretien thérapeutique est notre soin prévalent ? L’établissement n’avait à ce jour jamais connu autant de situations de burn-out touchant tous les corps de métiers. La souffrance au travail y est bien réelle et impacte la qualité de l’offre de soins.

Enfin, il nous est important de vous interpeller sur les prévisions ministérielles concernant les œuvres sociales. Il est envisagé la suppression, dès le 1er janvier 2019, de la prestation départ à la retraite dont le montant est de 48€ par année de service. De plus, le Ministère prévoit de supprimer les prestations maladies du CGOS. Les classes basses et moyennes se retrouvent à nouveau impactées au regard de leur pouvoir d’achat et leurs conditions sociales. La casse des petites gens va-t-elle enfin cesser ? Ou doivent-elles s’attendre à sombrer un peu plus dans la précarité ? Cette situation ne peut être cautionnée par L’État et nous en appelons à vous pour défendre les agents du service public hospitalier.

Madame La Députée, en vous confiant cette lettre ouverte, nous espérons trouver en vous un soutien et une aide concernant l’offre de soins en Santé Mentale sur notre territoire tant pour les usagers que pour les personnels. Comptant sur votre bienveillance et votre professionnalisme, nous espérons que vous saurez évoquer cette situation dans les différentes instances où vous siégez en interpellant le Ministère de la Santé et des Solidarités.

Bien à vous.

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